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l'ONG Chrétienne contre la torture et la peine de mort. 

Point de vue Solidarité

Chantal Jacquin ACAT

mercredi 30 Aout  2021

L'incarnation de la passion de Jésus

Cette semaine, nous faisons mémoire de la passion et de la crucifixion du Christ. A deux reprises, nous entendrons et intérioriserons le procès, la condamnation et l'horrible mise à mort de Jésus.

Pourquoi a-t-il été condamné ? Quel crime avait-il commis?

Selon Marc, Hanne le Grand-Prêtre, l'accuse d'avoir blasphémé, et il manifeste son horreur d'une si grande faute en déchirant ses vêtements. Que représente donc le blasphème pour susciter tant de haine ?

Le blasphème est une injure adressée à Dieu.

De tout temps et aujourd'hui encore, des hommes se croient autorisés à se placer au-dessus de Dieu pour le protéger. Quel orgueil ! N'est-ce pas prendre la place de Dieu pour juger de ce qui l'offense ?

C'est pour un problème de pouvoir que Jésus a été condamné.

Pilate qui ne croit pas à la culpabilité de Jésus et se dit prêt à le libérer recule quand les accusateurs le menacent de la colère de l'empereur. Il craint pour sa place de gouverneur et leur remet Jésus pour être crucifié. Jésus est un prisonnier politique, condamné parce qu'il a voulu réformer la religion juive, mettre en cause ses dignitaires proches du pouvoir politique. Car même si les maîtres du Temple se disaient les ennemis de l'Empereur romain qui occupait le pays, ils n'ont pas manqué d'invoquer son autorité pour faire condamner Jésus. Ce sont des méthodes que les défenseurs des droits de l'homme connaissent bien et qu'ils combattent depuis toujours. La passion de Jésus s'inscrit dans une longue liste de condamnations d'hommes et de femmes qui se sont battus, se battent et se battront encore pour leur liberté et leur dignité, celles de leur peuple et celles de l'humanité.

Jésus reprochait aux religieux d'utiliser la religion pour asservir le peuple : "ils chargent les épaules des hommes de fardeaux qu'ils refusent de porter" disait-il.

C'est une dérive que les institutions religieuses, de quelques religions que ce soient, ont du mal à éviter. La Bible a su décrire ce risque : Dieu donne à Moïse dix paroles pour aider le peuple à vivre ensemble. Les dix commandements sont la base pour vivre en communauté, dans le respect des uns et des autres, dans la fraternité des enfants d'un même Dieu et dans la liberté de leur conscience.

Mais peu à peu, les responsables du peuple qui à l'époque se trouvaient être également les responsables religieux ont "amélioré" la loi divine, en ajoutant des règles et des obligations qui ont fini par dépasser les 600 et rendre impossible la vie quotidienne.

C'est cela que Jésus dénonçait et qu'il dénonce encore à travers les Evangiles et c'est cela qui l'a conduit à la Croix.

La Passion du Christ n'est pas terminée, elle s'incarne chaque jour dans ceux qui souffrent dans les prisons, dans les camps, sur les chemins de l'exil, mais aussi dans les hôpitaux, les orphelinats, chez ceux qui manquent d'amour, ceux qui sont abandonnés, partout où souffrent, pleurent ou meurent des hommes, des femmes et des enfants.

Des associations caritatives, confessionnelles ou non, dont l'ACAT, l'Action des chrétiens pour l'abolition de la torture, à l'image de Véronique et de Simon de Cyrène, se lèvent et viennent en aide au victimes des abus de pouvoir.

L'ACAT nous invite ce mois-ci à signer un appel au gouvernement chinois en faveur de deux journalistes : Chen Qiushi et Fang Bing victimes de disparitions forcées depuis plus d'un an.

On est face à une disparition forcée quand des agents de l'Etat, ou des personnes agissant grâce à son appui ou son assentiment, arrêtent, enlèvent, et détiennent une personne tout en niant la privation de liberté et en maintenant le silence quant à sa localisation et à son sort. Cette dernière se retrouve en dehors de tout cadre légal, à la merci de ses ravisseurs. Faire ainsi disparaitre des personnes participe souvent d'une stratégie de terreur et de soumission de communauté et de sociétés entières.

C'est le cas en Chine, où les disparitions forcées sont systématiques pour faire taire les voix critiques, communiquant sur l'épidémie et sa gestion. Elles ciblent aussi les avocats défenseurs des droits humains, les dissidents politiques prodémocratie, comme à Hong Kong, ou encore les minorités, ethniques et religieuses comme les Ouighours. Depuis 2012, il existe même une forme "légale" de disparition forcée : la résidence surveillée dans un lieu déterminé, à savoir une détention au secret pouvant aller jusqu'à 6 mois.

Chen Qiushi agé de 35 ans s'était rendu à Wuhan en janvier 2020 pour couvrir les début de la pandémie du COVID et témoigner de la réalité du terrain. Des centaines de milliers de personnes ont pu le suivre sur les réseaux sociaux jusqu'au 6 février 2020, où il disparaît. Ses proche ne parviennent plus à le joindre, son compte sur le réseau social WEIBO est supprimé.

Fang Bing est un habitant de Wuhan, ancien homme d'affaire, qui avait décidé de défier la censure mise en place par les autorités et de faire toute la transparence sur la crise affectant la ville. Dès janvier 2020, il documente la surcharge des hôpitaux, et publie notamment des images de corps victimes de la maladie, entassée dans des bus, transformés en corbillards de fortune. Mais le 9 février 2020, il est arrêté à son domicile par des policiers en civil sans aucun mandat. Et depuis ses proches n'ont aucune nouvelle.

Les médias occidentaux font peu de cas de ce genre d'informations et bien de nos concitoyens sont sensibles à la propagande du gouvernement chinois qui assure que tout va bien en Chine et que le virus à été contenu. Peut-être ! mais à quel prix !

Point de vue Solidarité

Mercredi 20 janvier 2021

Chantal Jacquin ACAT

 

Les suicides en prison

 

Bonjour à vous tous, chers amis auditeurs de RCF.

En ce début d’année 2021, je ne veux pas manquer à la tradition des vœux, aussi je vous souhaite de garder foi en la vie, espérance en l’avenir et amour pour nos frères et sœurs humains.

Aujourd’hui, j’ai envie de vous faire partager la réflexion de Gérard, membre de l’ACAT de Pontarlier et ami de longue date, face à des fêtes de fin d’année bien différents de celles des années dernières.

« Nous vivons des moments difficiles. Confinés, masqués, l’autre est devenu un risque de contamination, aussi devons-nous garder nos distances, ne pas serrer de main, éviter tout contact physique même avec un être cher. La vie nous semble bien morose et l’année qui commence bien incertaine

Et pourtant, si nous regardions au-delà de l’hexagone.

Combien de prisonniers politiques ne voient pas leur famille, en supposant que cela soit possible ?

Combien de condamnés à mort (parfois innocents), confinés 24 h sur 24 dans leur geôle, attendent anxieusement le matin, car c’est au lever du jour qu’ont lieu les exécutions ?

Combien de par le monde la Covid19 a-t-elle ruiné de petits commerçants, d’agriculteurs, de petites entreprises, de retraités, etc., qui ne bénéficient pas de l’aide de leurs Etats trop pauvres, ou dont les ressources sont confisquées par une poignée d’accapareurs plus ou moins mafieux ?

Combien de migrants sont tombés dans les rets des passeurs cupides, vendus comme esclave (en Lybie par exemple), s’ils ne gisent au fond de la mer parce que leur canot de fortune ne pouvait contenir tous les passagers ?

Combien de personnes déplacées par suite des guerres, par exemple les arméniens du Haut-Karabakh ou en Ethiopie ?

Combien de paysans chassés de leur terre en Amérique du Sud et pourchassés par les hommes de main des grands propriétaires terriens ?

Combien d’enfants seuls abandonnés par leurs parents n’ayant pas les moyens de leur donner à manger ?

Combien….Nous pourrions continuer cette liste funeste.

Oui, malgré tous les désagréments dus à la pandémie, nous pouvons quand même vivre presque normalement, avoir des nouvelles de nos proches, sortir presque comme nous l’entendons. Essayons de voir notre verre à moitié plein et ne pas sombrer dans la déprime, utilisons tous les moyens qui nous permettent de regarder positivement l’année qui s’ouvre à nous »

 

En feuilletant Humain, le magazine chrétien des droits de l’homme publié par l’Acat, j’ai été alertée par le chiffre alarmant des suicides dans les prisons françaises. La France fait partie des pays d’Europe où le nombre de suicides en prison est le plus élevé. On dénombre entre deux et trois suicides par semaine, soit sept fois plus que pour le reste de la population, selon l’Observatoire international des prisons.

L’administration pénitentiaire assure pourtant avoir mis en place des programmes de prévention du suicide. En 2009, un plan d’action promettait de lutter contre le sentiment d’isolement en quartier disciplinaire, d’inciter les détenus à soutenir leurs camarades, de mettre en place des mesures particulières de surveillance pour les détenus fragiles. Entre 2009 et 2017, ce plan avait permis de passer de 115 à 99 suicides par an, mais les chiffres actuels font dire que nous avons atteint un point d’achoppement. Aussi l’Observatoire international des prisons préconise-t-il des solutions, parmi lesquelles figurent : le contact avec la famille, l’amélioration des activités et la préparation à la réinsertion avec une attention particulière portée aux moments de fragilisation, comme la détention provisoire, le procès ou la période précédant la sortie.

Pour le Collectif des morts en prison qui organise chaque année, depuis plus de 10 ans, une cérémonie publique d’hommage aux morts en prison, même si le système carcéral lui-même est la cause d’une partie de ces suicides, la pénitentiaire n’est pas seule en cause. C’est une question de santé publique. La proportion de personnes souffrant de troubles psychiques est élevée en prison, que les troubles soient antérieurs à l’incarcération ou causés par l’enfermement. La prison récupère les inadaptés de tous ordres. Or le nombre de professionnels de la santé qui les prennent en charge est notoirement insuffisant et ces derniers disposent de moyens très limités.

Finalement c’est la responsabilité sociétal qui est en jeu, et la question nous revient en boomerang : quelle attention accordons-nous aux personnes que les difficultés de la vie amènent parfois à commettre l’irréparable ?

Il y a plus de 2000 ans, Jésus nous alertait déjà : « J’étais en prison et vous ne m’avez pas visité ! »

 

 

 

Point de vue Solidarité

Chantal Jacquin ACAT

Mercredi 4 novembre 2020

 

La quête de la justice

 

 

A quelques jours de la fête de Toussaint et alors que le pays n’était pas encore remis de l’assassinat d’un professeur, un nouvel attentat endeuille notre pays, s’attaquant à un autre symbole de notre société : la basilique Notre-Dame de l’Assomption de Nice. Trois personnes sont victimes d’un lâche assassin qui s’abrite derrière Dieu pour justifier son acte.

Ces actes de terrorisme ont pour but de déstabiliser notre société, de nous diviser et de nous faire douter de nos valeurs de solidarité, de liberté, de laïcité, d’ouverture aux autres et à l’avenir, de confiance en nous, en nos concitoyens et en notre avenir

La meilleure réponse que nous puissions offrir à ces actes odieux, plutôt que succomber à la haine et à la vengeance c’est de nous tourner vers Dieu et prier pour les victimes, mais surtout pour nos concitoyens et notre pays. Prenons un temps de recueillement au milieu de ce point de vue :

 

« Seigneur, Nous te confions notre pays alors qu’il vient de connaitre un nouvel événement dramatique à travers l’assassinat de plusieurs personnes dans la basilique Notre Dame de Nice.

Ton Fils, sur la Croix, a crié le désespoir de notre humanité. Entends notre cri. Il nous entraine aussi dans sa résurrection. Qu’il nous enracine dans une authentique espérance.

Nous te prions pour les défunts et leur famille. Nous te confions leur douleur. Nous te prions pour la communauté chrétienne et tous les habitants de la ville de Nice. Donne tout particulièrement aux chrétiens d’être confortés et renouvelés dans leur témoignage évangélique.

Nous te prions également pour nos frères musulmans, blessés par ces actes odieux qui veulent les entraîner vers l’obscurantisme et la barbarie.

En ce temps de Toussaint, que l’Esprit Saint fasse plus que jamais de nous des artisans de paix, dans la justice et la vérité. Amen.»

 

Le jour de la Toussaint la liturgie nous propose une méditation sur les Béatitudes. Regardons ces évènements à la lumière de ce verset :

« Heureux ceux qui ne prétendent pas savoir mais qui cherchent, qui ont faim et soif de Justice ».

Face à ces odieux assassinats nous attendons que « justice soit rendue », et pourtant nous savons qu’elle a souvent un goût d’inachevé. En témoignent les réactions après un procès : déception, amertume, impression de ne pas avoir été entendu, compris, reconnu dans son statut de victime. Pourquoi ?

Sans doute parce que le tribunal rend la justice non pas pour satisfaire le besoin de vengeance de ceux qui ont subi un préjudice, mais comme un tiers qui doit dire le droit. Un tribunal dit ce qu’il en est du droit bafoué, pointe ce qui a été transgressé, tirant les conséquences judiciaires en termes de sanction ou d’acquittement. Mais sur le fond, le tribunal satisfait rarement l’attente de justice des victimes. C’est là un fait qui n’est pas facile à accepter.

Jésus se fait le témoin d’une justice espérée, mais aussi de l’impossible justice, ainsi qu’en témoigne le philosophe Jacques Derrida : « La justice est une expérience de l‘impossible, elle est toujours un appel de la justice ». Deux Béatitudes en attestent : « Heureux ceux qui ont faim et soif de justice, ils seront rassasiés », puis « heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume des cieux est à eux. »

Ce bonheur que nous promet Jésus n’est pas pour ceux qui sont pleins d’eux-mêmes, mais pour ceux qui ont laissé se creuser en eux un espace pour qu’advienne autre chose que ce qui existe déjà et qui ne les satisfait pas. Ainsi entendues ces Béatitudes ouvrent une autre dimension instituant une autre manière d’être humain.

Et c’est ainsi qu’on accepte que la justice n’est pas de l’ordre de l’avoir, de la possession. On ne peut pas avoir la justice, de même qu’on ne possède pas la vérité. Une société juste est alors une société pour qui la justice est toujours ouverte. Désirer la justice est un travail de discernement qui apaise parce que nous savons vers où chercher, quelle direction prendre : celle d’une quête à jamais inassouvie, mais toujours renouvelée.

La justice est très loin de la vengeance, de la vendetta, qui divisent, elle est une quête commune qui crée des liens et unifie les citoyens.

Avec le psalmiste nous prions le Seigneur : « Seigneur qui dirige les peuples, Seigneur, juge-moi sur ma justice, sur ma propre innocence. Que cesse la méchanceté des coupables, je t’en prie. »