l'ONG Chrétienne contre la torture et la peine de mort. 

Point de vue Solidarité

Chantal Jacquin ACAT

Mercredi 4 novembre 2020

 

La quête de la justice

 

 

A quelques jours de la fête de Toussaint et alors que le pays n’était pas encore remis de l’assassinat d’un professeur, un nouvel attentat endeuille notre pays, s’attaquant à un autre symbole de notre société : la basilique Notre-Dame de l’Assomption de Nice. Trois personnes sont victimes d’un lâche assassin qui s’abrite derrière Dieu pour justifier son acte.

Ces actes de terrorisme ont pour but de déstabiliser notre société, de nous diviser et de nous faire douter de nos valeurs de solidarité, de liberté, de laïcité, d’ouverture aux autres et à l’avenir, de confiance en nous, en nos concitoyens et en notre avenir

La meilleure réponse que nous puissions offrir à ces actes odieux, plutôt que succomber à la haine et à la vengeance c’est de nous tourner vers Dieu et prier pour les victimes, mais surtout pour nos concitoyens et notre pays. Prenons un temps de recueillement au milieu de ce point de vue :

 

« Seigneur, Nous te confions notre pays alors qu’il vient de connaitre un nouvel événement dramatique à travers l’assassinat de plusieurs personnes dans la basilique Notre Dame de Nice.

Ton Fils, sur la Croix, a crié le désespoir de notre humanité. Entends notre cri. Il nous entraine aussi dans sa résurrection. Qu’il nous enracine dans une authentique espérance.

Nous te prions pour les défunts et leur famille. Nous te confions leur douleur. Nous te prions pour la communauté chrétienne et tous les habitants de la ville de Nice. Donne tout particulièrement aux chrétiens d’être confortés et renouvelés dans leur témoignage évangélique.

Nous te prions également pour nos frères musulmans, blessés par ces actes odieux qui veulent les entraîner vers l’obscurantisme et la barbarie.

En ce temps de Toussaint, que l’Esprit Saint fasse plus que jamais de nous des artisans de paix, dans la justice et la vérité. Amen.»

 

Le jour de la Toussaint la liturgie nous propose une méditation sur les Béatitudes. Regardons ces évènements à la lumière de ce verset :

« Heureux ceux qui ne prétendent pas savoir mais qui cherchent, qui ont faim et soif de Justice ».

Face à ces odieux assassinats nous attendons que « justice soit rendue », et pourtant nous savons qu’elle a souvent un goût d’inachevé. En témoignent les réactions après un procès : déception, amertume, impression de ne pas avoir été entendu, compris, reconnu dans son statut de victime. Pourquoi ?

Sans doute parce que le tribunal rend la justice non pas pour satisfaire le besoin de vengeance de ceux qui ont subi un préjudice, mais comme un tiers qui doit dire le droit. Un tribunal dit ce qu’il en est du droit bafoué, pointe ce qui a été transgressé, tirant les conséquences judiciaires en termes de sanction ou d’acquittement. Mais sur le fond, le tribunal satisfait rarement l’attente de justice des victimes. C’est là un fait qui n’est pas facile à accepter.

Jésus se fait le témoin d’une justice espérée, mais aussi de l’impossible justice, ainsi qu’en témoigne le philosophe Jacques Derrida : « La justice est une expérience de l‘impossible, elle est toujours un appel de la justice ». Deux Béatitudes en attestent : « Heureux ceux qui ont faim et soif de justice, ils seront rassasiés », puis « heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume des cieux est à eux. »

Ce bonheur que nous promet Jésus n’est pas pour ceux qui sont pleins d’eux-mêmes, mais pour ceux qui ont laissé se creuser en eux un espace pour qu’advienne autre chose que ce qui existe déjà et qui ne les satisfait pas. Ainsi entendues ces Béatitudes ouvrent une autre dimension instituant une autre manière d’être humain.

Et c’est ainsi qu’on accepte que la justice n’est pas de l’ordre de l’avoir, de la possession. On ne peut pas avoir la justice, de même qu’on ne possède pas la vérité. Une société juste est alors une société pour qui la justice est toujours ouverte. Désirer la justice est un travail de discernement qui apaise parce que nous savons vers où chercher, quelle direction prendre : celle d’une quête à jamais inassouvie, mais toujours renouvelée.

La justice est très loin de la vengeance, de la vendetta, qui divisent, elle est une quête commune qui crée des liens et unifie les citoyens.

Avec le psalmiste nous prions le Seigneur : « Seigneur qui dirige les peuples, Seigneur, juge-moi sur ma justice, sur ma propre innocence. Que cesse la méchanceté des coupables, je t’en prie. »

Paroisse Marchaux Rigney (Bureaux)

5 Route de Vandelans, 25640 Rigney 

Adresse Mail: paroissemarchauxrigney@laposte.net

 

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